Stella Maris : Marie, étoile de la mer

Stella Maris : L’Histoire merveilleuse de Marie, étoile de la mer

Stella Maris… Quel doux nom pour évoquer notre Mère du Ciel. Deux mots latins simples en apparence, au sens parfois inconnu ou oublié, et qui pourtant, recèlent un trésor spirituel et une richesse historique inestimables. Onze lettres formant l’un des plus beaux noms porté par la Vierge Marie et qui ont tant de choses à nous raconter…

Quelle est la signification de ce titre si connu et que nous aimons tant prononcer ? Quels mystères se cachent derrière ses origines latines ? Et si on redécouvrait l’histoire merveilleuse de ce nom symbolique porté par Marie, étoile de la mer ? Parcourons ensemble les siècles qui nous séparent de sa genèse, remontons jusqu’aux prémices de sa création et découvrons les révélations extraordinaires de ce nom si sublime qu’il fût hissé au rang d’hymne mariale.

Stella Maris : aux origines du nom

Il faut remonter au IVème siècle pour découvrir les origines latines de ce nom revêtu par la Très Sainte Vierge. Sa genèse se forme sous la plume de Saint Jérôme de Stridon, éminent Docteur de l’Eglise.

Saint Jérôme et les prémices de Stella Maris

Homme érudit et passionné, nous lui devons notamment La Vulgate, une traduction latine accessible et fidèle de la Bible depuis le texte Hébreu de l’Ancien Testament et le texte Grec du Nouveau Testament. Cette traduction d’une qualité exceptionnelle devint rapidement après sa parution la référence de l’Eglise catholique et elle le resta durant de nombreux siècles.

Vers l’an 390, poursuivant son travail de traduction, Saint Jérôme entreprit de transcrire en latin un livre intitulé l’Onomasticon. Cet exceptionnel recueil écrit quelques années auparavant par Eusèbe, évêque de Césarée, recensait pas moins de 985 noms de lieux venus illustrer les versets de la Sainte Bible et reliés à des personnages et des évènements bibliques majeurs. Ce travail minutieux et titanesque fascina tant et si bien Saint Jérôme qu’il décida à son tour de l’enrichir et de le parfaire avec ses ajouts en sus de sa traduction. Parmi les saints noms qui ornaient cet ouvrage, figurait le titre de Marie sous sa forme grecque.

L’Onomasticon : les origines grecques de Stella Maris

L’Onomasticon est une œuvre extraordinaire. On le surnomme même « le premier guide de pèlerinage sur les éternels lieux saints » tant sa richesse archéologique est incroyable. Encore aujourd’hui, cet ouvrage historique ne cesse de fasciner par l’opulence des données qu’il recense. Il faut dire qu’Eusèbe était un historien, exégète et théologien d’exception. Né vers 265 et mort vers l’an 340, il est considéré de nos jours comme « le père de l’histoire ecclésiastique ». Ses écrits sont une source d’information majeure sur les premiers siècles de l’histoire chrétienne.

La naissance de Stella Maris, étoile de la mer

Un jour où il oeuvrait à parfaire l’Onomasticon, Eusèbe de Césarée prit sa plume pour retranscrire en grec ses recherches archéologiques. C’est lors d’une de ces retranscriptions, qu’il interpréta étymologiquement Maryām comme mar-yam « goutte de la mer ». Plus tard, lorsque Saint Jérôme reprit le travail d’Eusèbe vers l’an 390, il approuva son interprétation et le traduisit à son tour en latin : stilla maris.
La traduction stilla maris revêt le même sens que celle d’Eusèbe, elle signifie également « goutte de la mer ».

Mais alors, pourquoi nomme-t-on la Vierge Marie, Stella Maris ?

Pour comprendre comment stilla maris (goutte de la mer) est devenu stella maris (étoile de la mer), il faut se replonger dans la vie paysanne latine de cette période. Il était en effet courant que les « i » soient remplacés par des « e ». Il est donc probable qu’un scribe, lors d’une écriture ultérieure, retranscrivit stella maris (étoile de la mer) au lieu de stilla maris (goutte de la mer).

De cette [présumée] maladresse est né le rayonnant nom porté par la sainte Vierge : Marie, étoile de la mer. Il est l’un des titres de la Vierge Marie les plus populaires et les plus employés encore aujourd’hui.

Stella maris : une symbolique spirituelle profonde

Ce nom né sous la plume de Saint Jérôme semble prédestiné pour représenter la Vierge Marie. En effet, tout comme l’étoile de Bethléem guida les mages vers l’Enfant Jésus, l’étoile céleste de la Sainte Vierge nous guide sur les flots parfois tumultueux de la vie.

En effet, comme nous avons pu le constater à travers nombres d’apparitions mariales, il n’est pas rare que la Sainte Vierge se serve de nos erreurs pour nous transmettre un message. Comme il est fascinant de penser que la Vierge Marie puisse s’être servie d’une maladresse terrestre dans l’écriture de son nom pour nous apporter un message à la symbolique plus forte et plus profonde qu’il n’y paraît de prime abord!

Une étoile pour guide

Jadis, les marins n’avaient pour guide que les étoiles. Leur survie dépendait uniquement de cette douce lumière qui brillait au milieu d’un ciel encre. Elle était leur seule repère dans l’obscurité pour les conduire à bon port durant leurs périlleuses sorties en mer.

Dès lors, comment ne pas voir dans cette représentation le symbole de Marie étoile du Matin qui nous guide vers son Fils, le Christ ?

En tant qu’Enfants de Marie, nous sommes semblables à ces marins. Nous pouvons nous retrouver à naviguer sur les flots d’une vie où soufflent des vents déchaînés, nous sentir comme happés dans un immense tourbillon. Et alors que nous pensons que tout est fini, que nous allons inexorablement faire naufrage, Marie est là. Devant nous. Elle nous tend la main. Sa lumière céleste illumine les ténèbres de nos vies.
Avec Marie, nous retrouvons les courants d’une eau plus calme. Sous la protection de Marie, nous regagnons d’un pas assuré la terre ferme. Grâce à marie, c’est un chemin sûr vers son Fils Jésus qui se dessine devant nous.

La prière de saint Bernard : la révélation d’un trésor

Saint Bernard naquit en 1090 à Fontaine-lès-Dijon. Eminent Docteur de l’Eglise catholique, il voua un ardent amour pour Dieu et une dévotion toute particulière pour la Sainte Vierge dont il souhaitait étendre le culte avec ferveur.

Saint Bernard écrivit, dès ses plus jeunes années, de nombreux traités, homélies et prières dont deux prodigieusement connues : SOUVENEZ-VOUS, ô très miséricordieuse Vierge Marie et Regardez l’étoile, invoquez Marie.

C’est au cours du XIIe siècle, que saint Bernard de Clairvaux rédigea les sublimes louanges adressées à Marie, étoile de la mer dans sa prière intitulée Regardez l’étoile, invoquez Marie. Les quelques phrases qui suivent, sont extraites de sa fervente prière mariale : «[…]Ô toi qui te vois ballotté dans le courant de ce siècle, au milieu des orages et des tempêtes de manière plus périlleuse que si tu marchais sur terre, ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre si tu ne veux pas sombrer dans les tempêtes. Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu rencontres les récifs des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie. […]».

En lisant la prière de Saint Bernard, nous ne pouvons que percevoir le trésor de grâces qui se cache derrière les termes Stella Maris. Elle nous révèle alors toute la profondeur et toute la sublime spiritualité qui se dégage de ces deux mots latin : Marie, étoile de la mer est la lumière qui nous guide et nous protège. Elle est notre espérance et la promesse d’un soutien céleste pour nous sauver du naufrage.

A la découverte de l’hymne Ave maris Stella

Cette fervente foi en Marie, étoile de la mer donna aussi naissance à une sublime hymne grégorienne : l’Ave Maris Stella. Extraordinaire ode en l’honneur de notre Mère du Ciel, elle se traduit en français par le titre si évocateur de sa céleste lumière : « Salut, étoile de la mer ».

Aux origines de l’hymne grégorienne

Nous n’avons que peu d’information sur la génèse de ce doux chant d’amour en l’honneur de la Sainte Vierge. Il semblerait qu’il soit la création de Saint Venance Fortunat (530-609), poète, hymniste chrétien et évêque de Poitiers. Cet homme érudit est notamment connu pour être l’auteur de multiples hymnes catholiques dont la spiritualité et la poétique musicale eurent une influence majeure sur les compositeurs qui lui succédèrent. Parmi les plus mémorables, Pange lingua et Vexilla Regis prodeunt sont des œuvres dont nous pouvons entendre les suaves mélodies et les exaltants chants en latin lors de cérémonies liturgiques.

Paul Diacre (720-799), moine bénédictin, historien et poète également pourrait aussi être le créateur de cette hymne extraordinaire. Malheureusement, aucun document jusqu’à aujourd’hui ne nous permet de faire la lumière sur les origines exactes de cette hymne grégorienne.

L’Ave Maris Stella aujourd’hui

Au-delà des origines incertaines de l’Ave Maris Stella, ce chant d’amour ancré dans nos quotidiens de croyants a su traverser les siècles et ses douces paroles résonnent encore de nos jours au coeur des édifices religieux lors de l’Office divin.

Il est en outre possible de retrouver l’Ave Maris Stella au sein du Liber Usualis, recueil rédigé par les moines de l’Abbaye de Solesmes et édité pour la première fois en 1896. Cet ouvrage contient la majorité des partitions grégoriennes de l’année liturgique.

Prenons quelques instants pour écouter un extrait de cette hymne magnifiquement chantée par des moines en latin et présentant la traduction française de ces si pures paroles. La beauté de leurs voix est d’ailleurs non sans nous rappeler les somptueux chants grégoriens des moines de l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes :

Le contenu de l’Ave Maris Stella

Ce chant de 7 quatrains est une majestueuse prière composée d’une salutation, de supplications et de louanges.

  • Le premier quatrain s’ouvre sur une salutation « Ave » à « Maris stella » l’Étoile de la mer . Il est un véritable mémorial à la prière du Je vous salue Marie. Et se révèle aussi être un vibrant hommage à la salutation de l’Archange Gabriel au cours de l’Annonciation (Luc 1 :28). Cette interprétation est attestée par le quatrain qui lui succède « En recevant cet Ave de la bouche de Gabriel […] ».
  • Les quatrains suivant sont des supplications adressées à notre Mère du Ciel. Nous la supplions avec ferveur d’intercéder auprès de son Fils pour qu’Il entende nos prières en tant qu’Enfants de Marie : « Montre-toi notre mère », « qu’Il accueille par toi nos prières […]».
  • Le chant prend fin sur le 7eme quatrain : une sublime louange à Dieu et une rayonnante prière à la gloire de la Très Sainte Trinité.

Quel parcours merveilleux nous a permis de suivre l’histoire du nom Stella Maris au fil des siècles ! Sur le chemin, quel bonheur de croiser de grands Docteurs de l’Eglise comme saint Jérôme ou saint Bernard, de nous plonger au cœur de prières anciennes, d’explorer le contenu du Liber Usualis, d’évoquer les magnifiques chants grégoriens, … Un retour aux origines émouvant qui nous a permis de remonter jusqu’à la génèse de Stella Maris. Une remontée dans le temps passionnante et révélatrice qui nous a donné l’occasion de prendre toute la mesure et la profondeur de ces termes lumineux désignant notre Mère du Ciel… Stella Maris, représentation emblématique de Marie, divine étoile céleste venue nous guider dans les tempêtes de la vie et qui restera à jamais gravé dans nos cœurs de croyants…