Sainte Couronne d'épines du Christ

La Sainte Couronne d’Épines : Histoire et Symbolique Extraordinaires

« Jésus sorti devant la foule véhémente en arborant la Couronne d’Épines […]. Pilate déclara alors : Voici l’homme. » (Jn 19,5)

En cet instant tragique, ni la foule, ni Ponce Pilate n’ont conscience de la révélation ultime cachée derrière cet objet de misère causant de multiples plaies sur la tête de Notre Sauveur.

L’évocation de la Sainte Couronne d’Épines emplit le cœur de chaque chrétien d’une profonde reconnaissance. Elle nous rappelle combien Dieu est miséricordieux, elle nous montre à quel point nous sommes aimés du Christ. Oui, par cette Sainte Relique nous savons que nous pouvons avoir une foi sans faille en Celui qui fut le Sauveur de l’humanité.

Mais quelle est l’histoire de cette pieuse relique? Quel fut le parcours de la Sainte Couronne d’Épines au fil des siècles? Pour quelle raison est-elle étroitement liée à la Genèse? Quelle signification merveilleuse se cache derrière le couronnement de Jésus? Retour sur cet événement marquant de la Passion du Christ, sa symbolique profonde et le parcours extraordinaire de la Sainte Relique à travers les siècles.

La Couronne d’Épines : un mémorial précieux de la Passion du Christ

Se remémorer le couronnement du Christ, c’est plonger avec émotion dans le récit de la Passion… C’est sentir son cœur s’emplir d’une profonde reconnaissance devant le sacrifice de Notre Seigneur… Songer à cet événement symbolique, c’est redécouvrir avec tendresse le témoignage d’amour ultime que Dieu porte à l’humanité… c’est désirer de toute son âme lui rendre hommage avec foi, dévouement et confiance …

Laissons-nous transporter par la dimension extraordinaire de ce couronnement en méditant à nouveau cet événement bouleversant de la passion du Christ.

L’histoire du Couronnement d’épines selon saint jean

Vendredi Saint. Au petit jour, Notre Seigneur est conduit devant Ponce Pilate. Ce puissant gouverneur de province reconnaît l’innocence de Jésus mais subissant la pression de la foule déchaînée, il ne se risque pas à l’absoudre. Il privilégie alors de lui faire subir les cruels châtiments de la flagellation, pensant que ça calmerait la foule avant de le relâcher.

Le supplice de la couronne d’épines

Jésus est emmené par les soldats du prétoire. Il est sans tarder battu avec sauvagerie par les hommes de Pilate. Puis, prenant aux pieds de la lettre les propos du gouverneur lorsque celui-ci nommait le Christ, roi des Juifs, ils s’amusèrent à se moquer de sa piètre royauté en le dépouillant de ses vêtements. Le Christ fut ensuite assis sur une pierre en guise de trône pendant qu’ils le bafouaient en feignant des hommages.

Voulant pousser l’humiliation et la cruauté à leurs paroxysmes, ils lui confectionnèrent une couronne d’épines. Les soldats prirent soin d’entrelacer des branches de jonc marin dont les épines sont connues pour être très longues, d’une grande solidité et à l’extrémité saillante. La couronne d’épines tressées fut placée sur la tête de Jésus. On la frappa à l’aide de bâtons pour qu’elle pénètre dans le crâne au prix d’atroces déchirements. Ces cruelles souffrances firent couler des larmes de sang sur le visage tuméfié et devenu méconnaissable du Christ.

Toutes les atrocités et les humiliations subies par Notre Seigneur ne suffirent pas à calmer la foule. Elle continua de réclamer à grands cris la mort du Christ.

Le mystère du couronnement d’Épines

C’est en remontant aux origines du monde que l’on découvre le mystère caché derrière cet événement poignant de la passion du Christ.

Dans la Genèse (III, 17-18), Dieu prononça la malédiction à l’encontre d’Adam, après qu’il ait goûté au fruit de l’arbre défendu : « La terre sera maudite à cause de toi et elle ne produira que des ronces et des épines ».

Non seulement cette malédiction frappa la terre, mais elle frappa aussi l’Homme en son cœur. La terre, obéissant aux lois de Dieu, se couvrit de ronces et d’épines et le cœur de l’Homme se mit à produire vices et passions, devenant par là-même étranger aux actes de vertu et de justice.

L’humanité, déchue par le péché originel d’Adam et la stérilité de son propre cœur, ne pouvait racheter par elle-même la grave offense faite au Ciel. Aucun homme de ce monde n’avait l’âme suffisamment pure pour être exempt de tout crime. Alors Jésus, Fils bien-aimé de Dieu, s’incarna sur terre, vint souffrir en sa chair et mourir sur la Croix pour racheter le salut de l’humanité.

Ce faisant, l’outrancière couronne d’épines devint la représentation symbolique de nos péchés. En se laissant couronner, Notre Seigneur fit le choix d’endosser la responsabilité et le châtiment de nos iniquités. Dieu, dans son infinie bonté, avait plébiscité la tête de son Fils tant aimé pour y placer le signe de notre malédiction. Et par l’acte rédempteur du Christ, celle-ci en devint source inépuisable de bénédictions.

Ainsi notre âme peut-elle désormais méditer sur la grandeur, la bonté et l’amour infini de Notre Seigneur. Notre cœur, qui était si dur et fermé, peut s’ouvrir aux beautés de la grâce et aux attraits des œuvres de miséricorde et de salut. Notre nature en est transfigurée.

Cette sainte relique, emblème de notre salut, changea à jamais nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Elle opéra des prodiges et porta les fruits de la salvation qui nourrissent aujourd’hui notre âme.

La Sainte couronne d’épines : De Jérusalem à Notre-Dame de Paris

10 Août 1806, la Sainte Couronne d’Épines fait son entrée dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris où elle y devient la relique la plus précieuse et la plus vénérée du Trésor. Selon la volonté de Saint Louis, la Sainte Relique est exposée une fois par an aux fidèles, le jour de Pâques.

D’un diamètre de 21 cm, la Couronne est constituée de joncs marins maintenus par des fils d’or. Elle est aujourd’hui conservée dans un reliquaire moderne confectionné par l’orfèvre Poussielgue-Rusand. Ce reliquaire fut offert par les fidèles du diocèse de Paris en remplacement du modèle datant du Moyen-Age, hélas fondu durant la Révolution.

Aux origines de la Sainte Couronne : Jérusalem

Peu d’informations nous sont parvenues jusqu’à aujourd’hui sur les premières années d’existences de la précieuse relique. Ainsi, il n’est pas possible de retracer avec précision le parcours de la Sainte Couronne avant l’an 409. A l’instar du Saint Suaire, la Sainte Relique a sans doute été emportée et cachée par un disciple du Christ dans les premiers temps, afin d’être protégée de la destruction et des pillages.

En 380, Saint Jérôme de Stridon, éminent historien et théologien, auteur de La Vulgate, rédige différentes parties d’une nouvelle œuvre : le Chronicum ad annum Abrahæ. Cet ouvrage recense la chronologie de l’histoire du monde jusqu’en 379. Dans ces documents, Saint Jérôme fait mention du bois de la Croix, du Titre et des Clous découverts par Sainte Hélène lors des fouilles effectuées sur la montagne du Calvaire en 326, mais aucune mention n’est faite de la Sainte Couronne d’Épines.

Il faut attendre les Vème et VIème siècles pour découvrir les premières traces de son existence après les événements tragiques de la Passion.

La Sainte Couronne d’épines est conservée en premier lieu à Jérusalem. Son existence nous est révélée grâce à différents pèlerinages de pieux croyants. Saint Paulin de Nole, en 409 est le premier à mentionner la Couronne d’Épines qu’il put adorer avec une intense joie. En 570, Antoine le Martyr nous apprend que les fidèles peuvent vénérer la Sainte Couronne d’Épines exposée en compagnie de la Lance dans la Basilique du Mont Sion. Puis en 870, Bernard le Moine confirme toujours sa présence à Jérusalem.

De Jérusalem à Notre-Dame de Paris

En 1092, nous apprenons par la plume d’Alexis Comnène que la Sainte Couronne a rejoint l’impressionnante collection de reliques de la Passion conservée à Constantinople.

En 1238, Baudouin II de Courtenay, empereur de Constantinople, alors à Paris est en grande difficulté financière. Dans sa détresse, il implore l’aide financière de Saint Louis en échange de la Sainte Couronne d’Épines. Le Roi, grand homme pieux pour qui les reliques de la Passion sont un trésor inestimable, accepta son offre et fit immédiatement partir ses hommes afin de lui rapporter la précieuse relique.

Arrivés à Constantinople, les ambassadeurs apprennent que la Sainte Couronne est gagée pour 177.300 livres. Ils sont alors contraints de se rendre à Venise pour y lever le gage. Un accord est conclu et l’exorbitante somme de 137.000 livres est versée par les hommes du Roi pour la dégagée. En possession de la Sainte Couronne de joncs tressés et d’un coffret renfermant soixante-dix épines, ils se mettent immédiatement en route vers la France.

Le 19 Août 1239, la Sainte Couronne et les soixante-dix Épines arrivent en procession à Notre-Dame de Paris. Les précieuses reliques sont portées par Saint Louis et son frère Robert d’Artois, suivis d’un somptueux cortège comprenant notamment la Reine Mère, Blanche de Castille.

Afin de conserver ces précieuses reliques temporairement gardées dans la Basilique de Notre-Dame, Saint Louis fait ériger l’édifice de la Sainte-Chapelle en sept ans.

Les soixante-dix épines De 1239 à nos jours

Les soixante-dix Épines de la Sainte Couronne de Paris contenues dans le coffret furent offertes et dispersées à travers les siècles. Parmi elles, nous pouvons citer le parcours de :

  • La première Épine. Elle fut remise par Saint Louis à Guillaume, comte de Joigny, ayant été aux côtés du Roi lors de la réception des Sainte Reliques en 1239 ;
  • Une Épine fut envoyée à Venise, lieu où on vérifia les sceaux reconnus comme intacts et qui renfermaient la triple enveloppe contenant la Sainte Couronne ;
  • Une Épine incrustée dans un vase de cristal fût adressée à la Reine Mère, Blanche de Castille ;
  • En 1311, Philippe-le-Bel fit le don précieux de deux Épines soigneusement protégées dans un reliquaire porté par un ange d’orfèvrerie à l’abbaye du Mont Saint Michel ;
  • En 1549, nous apprenons par Pierre du Chatel, évêque de Macon et Grand Aumônier de France que le Trésor ne contient plus que cinq Épines ;
  • En 1645, Marie de Médicis est en possession des deux dernières Épines. Elle offrira l’une d’elles au prêtre de Saint-Jacques du Haut Pas. Après que celui-ci l’ai déposée à la Maison de Port Royal, plusieurs miracles se manifestèrent. Pour la seconde Épine, il est difficile de savoir à ce jour ce qu’il en est advenu.

La sainte Couronne : de la Révolution française à aujourd’hui

Au cours de la Révolution Française, la Couronne d’Épines est conservée dans un premier temps au sein de l’abbaye de Saint-Denis puis au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale.

Après le Concordat de 1801, l’archevêque de Paris se vit remettre la Sainte Relique qu’il déposa au Trésor de Notre-Dame de Paris jusqu’à l’incendie de la cathédrale le 15 avril 2019.

Sauvée des flammes, elle est aujourd’hui conservée dans un coffre-fort au Louvre.

L’histoire émouvante de la Sainte Couronne d’Épines nous conduit au cœur d’un parcours si extraordinaire ! Quelle émotion de redécouvrir cet événement bouleversant de la Passion du Christ, la signification du mystère du couronnement, de voyager avec les hommes du roi de France, de partir sur les traces des soixante-dix Épines saintes, de se remémorer les œuvres de Saint Louis, … Un parcours intense qui nous plonge jusqu’à la Genèse de la Bible et nous donne ainsi l’occasion de saisir toute la profondeur de ce symbole sacré … La couronne d’Épines, un mémorial précieux de l’Amour du Christ envers l’humanité et l’emblème de notre salut qui restera gravé dans le cœur de tout croyant !