Saint Christophe

Saint christophe : L’histoire d’un saint légendaire

Si l’on cherche à en apprendre d’avantage sur la vie de Saint Christophe, force est de constater que les sources et les informations sont considérablement restreintes. Seuls quelques textes subsistes et ont pu traverser les siècles pour parvenir jusqu’à nous aujourd’hui. Ceci est probablement dû au fait qu’à l’époque où vécut Saint Christophe, les histoires étaient plus souvent contées qu’écrites.

Parmi ces quelques textes qu’il nous ait encore possible de lire aujourd’hui, la légende dorée en est sans doute le plus connu. Cet ouvrage, débuté vers 1260, fut écrit par le Bienheureux Jacques de Voragine, archevêque de Gênes. C’était l’oeuvre de sa vie. Il poursuivit son écriture et ne cessa de reprendre son texte en lui apportant des corrections jusqu’à sa mort en juillet de l’année 1298. Le récit qui va suivre puise ses racines dans cette œuvre merveilleuse.

La quête de Saint Christophe

Saint Christophe, un homme colossal qui vivait sur les terres de Canaan, n’avait qu’un seul souhait : servir le plus puissant prince du monde. Pour cette raison, et pensant que le roi de son pays était le plus grand des souverains, il se mit au service de sa majesté avec abnégation.

Un jour pourtant, un jongleur invité au palais chanta innocemment en présence du roi une chanson dont les paroles évoquaient le diable. Epouvanté à l’écoute de ce nom maudit, le seigneur fit d’emblée le signe de croix.

Il faut dire que c’était un fervent croyant et l’évocation de cet Ange déchu lui glaçait tout bonnement le sang.

Saint Christophe observa avec étonnement la scène se dérouler sous ses yeux. Il s’approcha du roi, curieux de sa réaction, et lui demanda alors : « Seigneur, que signifie ce geste de votre main ? ».

Le roi refusa d’abord de lui répondre. Mais sous la vive insistance de son serviteur, il finit par lui avouer à demi-mots : « Chaque fois que j’entends nommer le diable, je me protège par ce signe, de peur qu’il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise ».

A l’instant même où le roi lui fit cette irrémédiable confidence, Saint Christophe su qu’il n’était pas le plus puissant du monde et que celui qu’on appelait « le diable » était bien plus redoutable que lui. Sa quête reprit aussitôt. Il quitta le roi et parti à la recherche de ce démon maudit.

Saint Christophe au service du diable

Parcourant les terres à la recherche du diable, Saint Christophe croisa le chemin d’une grande armée dans les dunes ocre d’un désert. Le chef, voyant notre géant seul dans cette immensité, s’approcha de lui. Tandis qu’il s’avançait, saint Christophe, pouvait voir les traits de son faciès, d’abord flous, se dessiner peu à peu. C’était un être à l’apparence particulièrement hideuse et sinistre. Mais il en fallait bien plus pour repousser notre saint.

– Où vas-tu géant ? interrogea l’être hideux.

– Je suis en quête du diable afin de le servir, répondit Saint Christophe.

– Alors ne cherches plus, me voici.

A ces mots, Saint Christophe fut enfin soulagé. Le plus puissant du monde était là, devant lui.

Ravi par cette rencontre inopinée, il se mit dès lors à le servir.

Toutefois, cette allégeance fût, et de très courte durée, et l’objet d’une grande désillusion.

Un jour, saint Christophe était accompagné du diable lorsqu’ils passèrent à proximité d’une croix érigée sur le bord d’une route. La réaction du démon fut instantanée. Il se figea d’abord. Puis horrifié, il s’enfuit précipitamment, faisant un fastidieux détour pour éviter l’objet de son affliction.

Saint Christophe, saisi par cette réaction, demanda à l’Ange déchu la cause de son comportement. Le diable confessa alors : « c’est qu’un homme nommé Christ a été attaché et crucifié sur une croix pour racheter les hommes et causer ma perte, et, depuis lors, dès que je vois la croix du Christ, j’ai peur et je m’enfuis ». En cet instant décisif, Saint Christophe s’aperçu qu’il n’était pas en présence de l’être le plus puissant du monde et en fut profondément déçu. Il le quitta sur-le-champ.

La recherche du puissant appelé « Christ »

Reparti seul sur les routes, Saint Christophe chercha longtemps si quelqu’un pouvait le renseigner sur ce puissant qu’on appelait « Christ ».

Un jour, il fit la rencontre d’un ermite. Cet homme plein de sagesse pris alors le temps de lui répondre : le maître que notre géant désirait servir exigeait d’abord qu’il jeûne souvent.

Mais c’était au-dessus des forces de Saint Christophe !

Alors l’ermite lui apporta une autre recommandation. Il fallait que le géant fasse de nombreuses prières.

Mais Saint Christophe ne savait pas prier !

Alors l’ermite lui demanda s’il connaissait le fleuve du pays, celui qu’on ne peut traverser sans péril de mort.

Oui, Saint Christophe le connaissait.

« Grand et fort comme tu es, dit l’ermite, si tu demeurais près de ce fleuve, et si tu aidais les voyageurs à le traverser, cela serait très agréable au Christ que tu veux servir ; et peut-être consentirait-il à se montrer à toi ».

Saint Christophe savait qu’il en avait la capacité. Alors, il fit la promesse à l’ermite de le faire pour servir le Christ.

Notre géant s’installa sur la rive du fleuve. Il s’y construisit un modeste abri et, appuyé d’un humble bâton fabriqué de ses mains à l’aide d’un tronc d’arbre, il transportait d’une rive à l’autre toutes les personnes qui en avaient besoin.

Une traversée périlleuse

De longs mois s’écoulèrent ainsi. Une nuit, saint Christophe entendit une douce voix enfantine qui l’appelait. Il lui sembla que c’était celle d’un petit garçon. Il disait : « Christophe, viens et fais-moi traverser le fleuve ! ». Le géant sortit aussitôt de son abri pour aider le petit garçon. Mais une fois dehors, malgré tout le mal qu’il se donna pour le chercher, il ne vit personne. Déconcerté, il rentra dans sa cabane. Et soudain, la voix du petit garçon retentit de nouveau : « Christophe, viens et fais-moi traverser le fleuve ! ». Le géant, abasourdi, ressortit tout de suite. Pourtant, il avait beau regarder encore et encore tout autour de lui, il ne voyait personne. S’apprêtant de nouveau à rentrer, il entendit l’enfant l’appeler une troisième fois. Et cette fois, il le vit. L’enfant était là, devant lui. Il le priait de bien vouloir l’aider à traverser les eaux du fleuve.

Alors Saint Christophe s’approcha du petit enfant, le prit dans ses bras et le hissa sur ses épaules. Puis s’armant de son modeste bâton, il entra dans les eaux froides.

Saint Christophe était habitué à faire cette traversée. Elle ne lui posait traditionnellement pas de contrainte particulière. Mais cette fois, ce fut différent.

Quand il était engagé au milieu du fleuve, Saint Christophe s’aperçut que le niveau de l’eau montait anormalement et de plus en plus vite. Dans le même temps, le poids de l’enfant se faisait davantage sentir. Le petit garçon devenait lourd, aussi lourd que du plomb et les flots n’étaient pas loin de submerger notre géant à tel point que plus d’une fois, celui-ci pensa qu’ils allaient tous deux périr dans les eaux du fleuve.

Saint Christophe parvint cependant à rejoindre l’autre rive. Il y déposa le petit garçon avec douceur et précaution puis il lui dit : « Oh mon cher enfant ! Tu m’as mis dans une situation bien périlleuse ! Tu pesais si lourd qu’il me sembla porter le monde entier sur mes épaules ! »

Alors le petit garçon lui répondit d’un ton calme et assuré : « Ne sois pas étonné Saint Christophe. Oui tu portais le monde entier sur tes épaules et tu portais aussi Celui qui a créé le monde. Je suis le Christ, ton maître et celui et que tu sers par tes œuvres sur ces rives. Pour faire foi de mes paroles, lorsque tu auras rejoint ta cabane sur l’autre rive, plante ton bâton dans la terre à proximité de celle-ci. Tu le retrouveras demain rempli de fleurs et de fruits. »

Saint Christophe écoutait avec attention les paroles du petit garçon tout en regardant l’autre rive. Quand il se retourna pour lui répondre, l’enfant avait disparu.

Ainsi, notre géant suivit les recommandations de l’enfant et planta son bâton dans la terre le soir venu.

Le lendemain, lorsqu’il se leva, il sortit de sa cabane et vit avec émerveillement un somptueux palmier recouvert de feuilles et de dattes à l’endroit même où il avait placé son humble morceau de bois la veille.

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