Le métier de Patenôtrier ou l'art de fabriquer des chapelets

Patenôtrier, l’art de fabriquer des chapelets

Le métier de Patenôtrier : quelles sont les origines et l’histoire de cet art presque oublié de nos jours? Comment travaillaient les patenôtriers à l’époque du Moyen-Age et durant les siècles suivants? De quoi était composé un rosaire? Replongeons-nous dans l’histoire de ce métier ancestral et partons à la découverte passionnante de l’art de fabriquer des chapelets.

Patenôtrier : à la découverte d’un métier ancestral

En 1828, dans son Histoire des Français, Amans-Alexis Monteil parlent de leur art comme d’un « état saint ; qui fait prier ».

Ils existent depuis le Moyen-Age. Ils exercent l’un des plus rares métiers d’art français. Ils sont organisés en corporations ou en confréries. Ils fabriquent des chapelets, ces chaînes de grains enfilés que l’on fait consciencieusement glisser entre ses doigts tout en récitant des prières codifiées.

Vous ne savez pas de qui il s’agit ou par quel nom ils sont désignés ? Ce sont les patenôtriers.

Qu’ils soient d’ambre ou de jais, de corail ou de coquilles de nacre, les patenôtriers travaillent la matière avec art et minutie pour créer de leurs mains les objets de piété qui nous sont chers. Quelles sont les origines de ce métier mal connu ? Quels sont les secrets de cette fabrication artisanale dédiée à la dévotion et à la prière ? Découvrez le parcours passionnant du patenôtrier au fil des âges et entrez dans l’intimité de son incomparable savoir-faire.

Patenôtrier : les origines du nom

Altération du latin « Pater noster » que l’on peut traduire par « Notre Père » ou « patenôtre », le nom de ce métier à part tire son origine des gros grains présents sur les chapelets. En effet, selon le Dictionnaire historique des Arts, métiers et professions publié par Alfred Franklin en 1906, lors de l’égrenage, on interrompait les « avé » pour prononcer le « pater » sur les gros grains qui se succédaient tous les dizains. Ces gros grains étaient nommés « patenôtres » tandis que les petits grains étaient appelés « gaudes ». Ainsi, un chapelet se composait de plusieurs éléments ayant chacun leur usage propre :

  • Une croix pour réciter le crédo
  • Des patenôtres pour prononcer le Pater
  • Des gaudés pour dire les Avé

En tout, le chapelet comptait ainsi 59 grains au total pour réciter autant de prières.

Fabriquer un chapelet : un métier d’art séculaire et rare

Il faut remonter loin dans le temps pour retrouver les origines de ce métier unique. En effet, du fait de la présence de quatorze fabricants de chapelet dans la ville de Paris sous le règne de Philippe le Bel, leur existence est confirmée dès le Moyen-Age. Etienne Boileau en fait ainsi mention vers 1268 dans son Livre des métiers, un recueil imposant de règlements sur les métiers parisiens. A cette époque, les fabricants de chapelet se divisaient alors en quatre corporations en fonction du matériau travaillé. Les droits et l’existence des ouvriers étaient alors protégés par un « ordre social chrétien ». Les apprentis pouvaient commencer dès l’âge de douze ans à apprendre les secrets de cet artisanat dédié au sacré. Selon la matière travaillée, l’apprentissage durait plus ou moins longtemps : cinq pour l’or, dix pour le jais, douze pour le corail, …

Travailleurs indépendants rétribués à la tâche, ils tenaient en haute estime leur statut de fabricants d’objets religieux. C’est ainsi qu’ils se pliaient à des règlements de travail stricts et respectueux des lois de l’Eglise. Témoin en est ces trois articles qui régissaient leur organisation quotidienne :

  • Obligation de cesser le travail les samedis et veilles de fêtes « au tiers coups de vespres ».
  • Limitation du travail au polissage et à l’enfilage des grains durant les samedis et les vigiles.
  • Obligation de cesser tout travail au coup de none, autrement dit à trois heures de l’après-midi.

Au fil du temps, des usines et des fabriques de chapelets finirent par se développer sortant les patenôtriers de leur travail solitaire.

Un savoir-faire artisanal unique

Email, perles, nacre, ambre, corail, or, … Le fabricant de chapelet travaillait au quotidien avec des matières nobles pour concevoir les chapelets. Le patenôtrier-émailleur était quant à lui spécialisé dans l’art de la perle. Il était ainsi capable d’imiter le jais, l’ambre, le corail et les perles fines en fabriquant diverses pâtes qu’il moulait, argentait et teignait. Durant des siècles, les techniques d’enchaînage restèrent les mêmes. Prenant une vingtaine de minutes, le montage d’un chapelet obéissait toujours à un geste ancestral : des grains montés sur un fil en laiton et des mailles s’emboîtant les unes aux autres grâce à l’utilisation d’une pince arrondie.

Le bois fut également utilisé dans la fabrication de chapelets : buis, ébène, corozo, noyer, macassar, olivier, … Parmi eux, un bois se distingua particulièrement – le mélier – un frêne d’Asie acclimaté aux régions méditerranéennes que l’on finit par nommer « l’arbre à chapelets » ses fruits étant utilisés comme grains en patenôtrerie.

A la fin du XVe siècle, le dominicain Alain de La Roche diffusa la prière du rosaire. Grands chapelets dotés de 15 dizaines de grains, les rosaires se distinguent souvent par leur décoration sculptée ne pouvant être réalisée qu’à la main. Le fabricant de chapelet pouvait alors faire preuve d’une dextérité étonnante pour réaliser ces objets en se servant uniquement d’un outillage simple : une scie, un burin, un tour et une lime.

Quel que soit le matériau utilisé pour sa création, le chapelet reste au final un accessoire de dévotion unique et inestimable. Un objet de piété précieux et incontournable ayant une place majeure dans notre quotidien de croyant.

Les chapelets à découvrir dans la boutique