missel livre de prière

Le missel : histoire d’un livre de prière devenu œuvre d’art

Souvent posé sur la table de chevet prêt à être parcouru, le missel renferme nos prières quotidiennes et tous les textes nécessaires à la célébration de la messe. Un contenu qui le rend précieux à nos yeux, indissociable de notre attachement à Dieu … Mais cet ouvrage cher au cœur de tous les chrétiens a également su se démarquer au XIXe siècle par sa grande valeur artistique. C’est l’âge d’or des missels d’apparat. Véritable œuvre d’art, manuscrit richement ouvragé et enluminé, le livre de piété à l’usage des fidèles se hisse alors au rang de chef d’œuvre. Partons sur les traces de ces missels précieux et de leurs relieurs de talent et découvrons l’usage accordé à ces beaux exemplaires par les croyants.

Un recueil de prière, un ouvrage d’art

Le missel est un livre liturgique qui rassemble prières, chants, lectures, Eucharistie et même gestes nécessaires à la célébration de la messe. Il constitue une nourriture spirituelle privilégiée pour le chrétien qui peut lire et méditer chaque jour sur ces prières et chants de l’Église. Mère des fidèles, cette dernière les guide dans les voies de la prière et les initie avec amour et patience à l’Écriture Sainte.

Du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, un soin tout particulier est porté à la présentation et à la décoration de certains missels. Le livre de prière se pare alors de ses plus beaux atours pour offrir un magnifique écrin aux mots puisés dans les Saintes Écritures. Spiritualité et art se mêle en un seul et même objet.

La matière de couvrure est soigneusement choisie. Bois, ivoire, cuirs de luxe, nacre, velours, soie, écaille, aucun matériau n’est trop beau pour couvrir un missel. Les fermoirs peuvent être fabriqués en acier ciselé, en argent, en bronze ou en vermeil et parfois habillé d’émail. Quelle joie intense devait alors ressentir le croyant en ayant entre ses mains un recueil de prières qui comble son esprit, élève son âme vers Notre Dieu Tout-Puissant et charme ses yeux par son élégance inégalée.

Les missels d’apparat : à chaque occasion spéciale son missel

Les plus beaux exemplaires de missel étaient souvent offerts en souvenir ou à l’occasion d’un événement marquant de la vie des croyants. C’était notamment le cas des missels remis pour une communion ou pour un mariage. Le cadeau devenait alors un véritable objet-livre aux finitions raffinées et aux inscriptions élaborées.

Le missel pour une communion

Dès le milieu du XIXe siècle, le présent le plus courant est le missel donné à l’occasion de la première communion. Les ouvrages les plus simples rappellent seulement la date de l’événement ou se démarquent des autres missels grâce au monogramme du communiant gravé ou frappé sur le livre de prière.

Ces missels à l’apparence sobre, revêtaient tout de même souvent des titres significatifs qui se prêtaient particulièrement à l’évènement, tels que : Missel De La Sainte Communion ou encore Missel Vespéral De La Première Communion.

D’autres missels offerts à l’occasion d’une communion se présentent ornés d’un décor spécifique qui rappelle toute la profondeur de l’engagement pris par le communiant : représentation du ciboire et de l’hostie, reproduction du calice, Notre Seigneur Jésus Christ communiant un enfant, etc.

Il n’était pas rare non plus, que le missel soit offert dans un coffret prestigieux, seul ou accompagné d’un chapelet protégé dans son étui. Les exemplaires les plus somptueux arboraient également un second étui pour y glisser les images pieuses ainsi qu’un fin porte-monnaie. L’ensemble était élégant et harmonieusement assorti au missel.

Le missel pour un mariage

Autrefois appelé « missel d’accordailles », le missel offert à l’occasion d’un mariage catholique apparaît dès la fin du XVIIIe siècle.

Mais c’est au cours du XIXe siècle, que les missels d’accordailles se multiplient. Ils sont d’ailleurs facilement reconnaissables à leur thématique très significative. En effet, les inscriptions de ces missels représentent souvent le mariage de la Vierge en écho à l’union pour laquelle ce présent a été offert.

Véritables objets de luxe, les missels d’apparat se transmettaient de génération en génération avec ferveur et émotion. Ils rappelaient bien souvent à la famille les événements marquants de leur vie de croyants. Sur certains exemplaires, les chrétiens pouvaient même y consigner des pensées personnelles au sein de pages blanches intitulées « Souvenirs de famille ». C’est le cas notamment du Missel des Litanies de la Sainte Vierge publié à Limoges.

Les relieurs de missels : des artistes talentueux consacrés à l’art religieux

De nombreuses reliures de missels portaient une signature. Elle renseignait le propriétaire du missel sur l’identité du relieur et constituait un haut gage de qualité. On en retrouve dès 1834, mais c’est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que cette pratique se généralise véritablement. Petit tour d’horizon des relieurs de missel les plus renommés.

La famille Gruel : relieurs de missel de génération en génération

Au début du XIXe siècle, Pierre-Paul Gruel reprend l’affaire de son beau-père et pérennise son savoir-faire à Paris sur la rue Royale. Après sa mort, sa veuve s’unit à Jean Engelmann dans un second mariage. L’entreprise de la famille Gruel prend alors le nom de Gruel-Engelmann. Les fils et les petits-fils se succéderont ensuite au fil des décennies toujours animés par la même passion de la reliure. C’est ainsi que l’on retrouve la signature de cet atelier réputé sur nombre de reliures de missels. La maison s’est même investie dans l’édition de livres de piété et de missels en plus de son engagement dans le travail de reliure.

Lesort : un relieur de missel prolifique mais peu connu

Il existe bien entendu beaucoup d’autres relieurs qui ont marqué les missels de leur signature. Parmi eux, Lesort est un nom que les chrétiens peuvent retrouver souvent sur les reliures de missels. À l’instar de Gruel, Lesort combinait la reliure et l’édition de missels. À la fois atelier de reliure et librairie lithurgique catholique, l’enseigne Lesort a apposé sa signature sur de nombreux paroissiens édités entre 1851 et 1904.

Les connaisseurs peuvent également retrouver d’autres signatures de relieurs de missel qui ont marqué cet art religieux admirable : Fontenay à Paris, Adrian Cadet à Toulon, Le Chevallier à Nancy, Lanquetin-Tubergue à Besançon, Girard à Angers, etc. La passion de ces hommes pour leur art est particulièrement émouvante pour nous chrétiens …

Incontestablement, tenir un missel d’apparat entre ses mains procure une émotion intense à chaque croyant que nous sommes même si, de nos jours, ces missels d’exception ne sont plus fabriqués. Connaître l’histoire de ces précieux livres de prière, l’attention que nombre de relieurs y ont porté en le transformant en véritable petit chef d’œuvre nous procure néanmoins un émoi, un trouble, une exaltation toute particulière. Ces pages ornées de magnifiques arabesques, ces feuillets où peuvent s’épanouir fruits, papillons, oiseaux, calices, blanches fleurs de lys, … Ces reliures somptueuses aux matériaux recherchés … Ces fermoirs magnifiquement ciselés … L’art religieux réussit à transformer le livre de piété en un bien précieux qui représente sublimement notre ferveur chrétienne.